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Les 1ères S3 et STI2D2 à la rencontre de Maylis de Kérangal

 

Dans le cadre des Rencontres Littéraires de Cannes à la Médiathèque Noailles, les élèves de 1èreS3 et 1èreSTI2D2 ont eu la chance de rencontrer Maylis de Kérangal le 23 novembre dernier pour lui poser des questions sur son roman "Réparer les vivants" qu'ils ont lu et étudié en classe.

 

 « Article sur l’entretien avec Maylis de Kerangal au sujet du roman Réparer les vivants »

rédigé par Geoffrey Lerouge, Antoine Gentil, Clémentine Lamonica, Celia Filippini :

 La médiathèque Noailles, à Cannes, installée dans la villa Rothschild, a accueilli cet échange dans une salle richement décorée. L’échange a été très intéressant dès les premiers instants. L’auteure nous explique donc la façon dont elle a écrit Réparer les vivants.

 La question suivante porte sur l’existence éventuelle d’une dimension autobiographique dans le roman. L’auteure nous répond que les romans ne sont pas à confondre avec les documentaires ou les autobiographies. Ainsi même si son roman est influencé par son expérience personnelle, il n’en est pas pour autant la narration. L’auteure nous confie donc avoir vécu la question de la transplantation au travers de l’infarctus d’un proche. Les romans sont une forme de faux qui attestent d’une vérité, le roman est une autobiographie fantasmée selon elle. Il y a donc de la tromperie dans le roman.

La question qui se pose ensuite est celle de la sensibilisation, l’auteure nous livre son point de vue selon lequel un livre ne peut pas avoir comme but de protester,  de militer.  Il a néanmoins une influence et le livre dit les choses sans qu’on ait eu besoin de lui confier la mission de les dire.

Pour avoir pu écrire un livre avec un tel réalisme, Maylis de Kerangal a du se documenter. Elle a ainsi contacté l’agence nationale de biomédecine afin de rencontrer un coordinateur de prélèvement (l’équivalent de Tomas Rémige dans le livre). Elle est aussi rentrée en contact avec des personnes ayant programmé le logiciel « Crystal » qui met en relation les donneurs et les receveurs compatibles. Enfin elle a assisté à l’opération de greffe du cœur à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, ce fut pour elle un moment intense et illisible, seuls des moments clefs se sont détachés pour elle. Elle n’a pas pu avoir accès à l’opération de prélèvement, celle-ci étant assez violente. Finalement malgré l’importance des détails dans le roman, celui- ci n’a pas pour prétention de mimer la réalité. Pour Maylis de Kerangal, la littérature est la rencontre du réel et du langage.

 L’auteure nous explique le rôle des figures de style dans son livre, ainsi elle ne lui viennent pas de façon naturelle, quand elle se trouve devant son ordinateur, certains procédés lui semblent logiques. Ainsi dans l’incipit du roman, Maylis de Kerangal cherche à décrire ce que c’est que de surfer sur une vague à 20 ans en retranscrivant les sensations de façon imagée. Elle écrit donc une très longue phrase qui s’étire, se dilate comme une vague. Elle conçoit la phrase de façon organique, l’action s’accélère grâce au rapprochement des virgules, cela donne un rythme au texte. Finalement elle pense que ce qui doit faire office de style c’est quand le fond et la forme sont égaux.

Maylis de Kerangal a écrit ce livre grâce au processus de transplantation, par conséquent, le début et l’issue du roman étaient déjà fixées au début de l’écriture. L’auteure écrit puis insère des flash-back dans l’intrigue quand il lui semble nécessaire d’éclairer le passé d’un personnage. De cette façon, il y a peu d’éléments sur les personnages, mais tous sont décrits. Que ce soit Tomas avec le chant et les oiseaux, Rémige avec les plantes et les voyages ou bien Cordélia et les passions sexuelles, tous les personnages ont des éléments qui lui sont liés.

La question de la durée du roman est ensuite abordée. La transplantation étant un processus se passant dans un temps extrêmement court, la temporalité du livre s’est imposée comme une évidence. Le livre peut donc ressembler à une tragédie classique, puisqu’en plus du thème sombre elle présente des unités de lieu, de temps, et d’action. De plus, le livre qui se passe en 24h n’est pas divisé de façon proportionnelle. Certaines scènes sont beaucoup plus longues que d’autres notamment à cause de la nécessité de décrire plus certains passages. Enfin l’absence de dialogue à première vue s’explique par le malaise qu’a l’auteure face à ceux-ci, qui ne sont pas naturels dans un roman selon elle.

Le livre présente de nombreuse références à l’art, l’auteure souhaite citer ses sources en insérant des œuvres qui l’ont inspiré au long du roman. Depuis le titre, une réplique de Platonov, jusqu’à « la leçon d’anatomie de Rembrandt » en passant par « de l’influence des rayons gamma sur les marguerites »  ou  « le  dormeur  du  val »  de Rimbaud où on peut voir un parallèle avec Simon allongé sur son lit, et le soldat, allongé par terre. Maylis de Kerangal insiste particulièrement sur le poète François Villon avec « la balade des pendus », elle déclare aimer particulièrement la poésie.

Le thème de la mer est très présent tout au long du livre tout comme celui de la mère, ce qui a même conduit à un quiproquo entre l’auteure et un des élèves. La mer est donc symbolisée par la vague dans ce livre, c’est un élément physique puissant symbolisant la vie, mais aussi les émotions fortes.

La mer est un élément important important de la vie de l’auteure qui est née à Toulon et a vécu au Havre. La symbolique que prend la mère, est importante, c’est un personnage qui tient les murs du texte, qui créé des pauses dans la souffrance. C’est la figure de la « mater dolorosa », mais qui reste forte dans l’adversité.

Simon est le personnage principal de ce livre, pourtant c’est celui qui est absent, en effet l’auteure souhaitait qu’il soit l’inconnu du livre, on ne le découvre que dans certaines scènes avec sa famille où sa petite amie.

Le livre possède une morale, malgré le fait que Maylis de Kerangal nie avoir voulu en donner une volontairement. Selon elle, ce texte montre que certaines choses peuvent être sauvées. Ce livre pose aussi la question des relations humaines qui échappent à la morale. L’auteure nous témoigne de sa fascination  pour ces parents qui se dépassent dans de telles circonstances et qui acceptent de « déprivatiser » le corps de leur enfant, pour elle c’est un geste courageux dans un monde capitaliste où on a tendance à beaucoup privatiser.

Après cet échange avec l’auteure, de nombreuses interrogations ont été levées. Cette rencontre a permis à la classe d’approfondir la compréhension qu’elle avait sur ce livre que ce soit du fond ou de la forme. Cela a aussi permis de mieux comprendre les messages de l’auteure ainsi que le contexte de l’écriture du roman, que ce soit l’histoire personnelle de l’auteure ou bien son processus d’écriture. Ce fut un échange très enrichissant à de nombreux égards.

 

Last modified on vendredi, 30 novembre 2018 09:45 Read 1415 times

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